La pièce était simple. Seuls un lit et une chaise meublaient la chambre aux murs blancs. Allongée dans le lit, sous les draps, une femme au teint pâle regardait son fils. Elle souriait mais son visage aussi blanc que les draps témoignait de sa maladie.
« Je vais bien, ne t'inquiète pas. répondit-elle à Nathan d'une petite voix. Isaure m'a dit que tu as fait la connaissance de la voisine qui a ton âge ?
- Oui vaguement.
- Alors comment est-elle ? Elle est jolie ? interrogea la mère avec un grand sourire.
- Maman, tu sais que je n'ai pas vraiment envie de connaître des gens en ce moment. déclara Nathan, gêné.
- Nathan, écoute-moi ! ordonna-t-elle d'une voix qui avait repris toute assurance. Je sais que ce n'est pas facile, mais il faut savoir tourner la page. Tu ne peux pas rester comme cela. Depuis plus d'un mois, tu ne vois personne, tu restes enfermé dans ta chambre ; Isaure m'a dit que tu ne souriais même plus ! Tu ne peux pas vivre ainsi. Passe à autre chose, amuse-toi ! s'exclama-t-elle.
- Je ne veux pas m'amuser ! Pas après ce qu'il s'est passé ! » cria Nathan qui avait laissé la colère l'envahir.
Puis il sortit de la chambre et monta rapidement dans la sienne. Il claqua sa porte et donna un coup de poing dedans. Il se retourna et se laissa ensuite glisser jusqu'à s'asseoir par terre. L'adolescent avait la mâchoire crispée et les poings serrés. Il murmurait sans cesse d'une voix lasse « Je ne peux pas. Je ne peux pas. »
Il pensa à l'arme à feu rangée dans son tiroir, puis à sa mère. « Je ne peux pas lui faire ça maintenant, elle en mourrait. » se dit-il tout bas. Il respira un bon coup et se calma. Puis il ferma les yeux et s'endormit paisiblement, fatigué de sa colère.
Morgane était assise contre le saule pleureur. Les yeux fermés, elle s'imaginait à la plage. Elle voyait les vagues s'échouer une à une sur le sable tandis que le soleil lui brûlait la peau. Puis elle se levait de sa serviette et s'avançait vers la mer. Alors qu'elle avait de l'eau jusqu'à la taille, elle discernait encore ses pieds entourés de petits poissons qui la suivaient sans jamais la toucher.
Quand elle ouvrit les yeux, elle aperçut la fillette qu'elle avait vue avec Nathan. La petite était penchée au bord de l'eau du lavoir. Elle portait une robe bleue ciel qui allait très bien avec ses yeux.
« Si tu te penches trop, tu vas tomber. dit gentiment Morgane. La petite fille se retourna et sourit à l'adolescente, puis elle s'approcha d'elle.
- Bonjour. commença-t-elle. Je m'appelle Isaure et toi ?
- Morgane. Quel âge as-tu ? demanda la jeune fille.
- J'ai huit ans et demi.
- Tu veux t'asseoir avec moi ? invita Morgane tandis que Isaure s'installait.
- Qu'est ce que tu faisais ? Tu dormais ? interrogea-t-elle.
- Non, je voyageais. déclara Morgane, puis elle continua sous le regard interrogateur de la petite. J'étais à la plage. Je n'y suis jamais allée, alors j'essaie d'imaginer, le sable, l'eau, les coquillages et les poissons.
- Tu sais, j'y habitais avant. Je n'avais qu'une rue à traverser et j'avais les pieds dans le sable. raconta Isaure en riant.
- Ah bon ? Pourquoi vous avez déménagé ? demanda Morgane étonnée. J'aurais tant aimé vivre à côté de la mer moi.
- Je ne peux pas trop t'en parler mais c'est surtout pour Nathan qu'on est venu ici. Il déteste la mer maintenant. dit la fillette en baissant les yeux.
- D'accord. Tu rentres en quelle classe à la rentrée ? interrogea Morgane qui devina qu'Isaure préférait changer de sujet.
- En CE2 ! s'exclama la petite fille, retrouvant son sourire. Je vais à l'école à coté du collège. Je ne connais personne mais j'espère que je vais vite me faire des amis !
- Sûrement. »
Un homme venait de sortir de la maison voisine de celle de Morgane. Il était grand et avait les mêmes yeux que la petite fille. L'adolescente en conclut qu'il était son père.
« Isaure viens, on va manger. appela-t-il.
- J'arrive Papa. Bon alors à plus tard. Salut. fit Isaure en se levant.
- Au revoir. » répondit Morgane avec un sourire.
Quand Isaure arriva aux côtés de son père, il lui caressa les cheveux et entra avec elle chez lui. Morgane resta seule, jusqu'à ce que sa mère l'appelle à son tour pour dîner. La petite fille ne ressemblait pas du tout à Nathan. Elle souriait et semblait heureuse à côté de son frère.